Critique du livre (3)

Les espions de l’or noir, par Gilles Munier (Ed. Koutoubia)

 

Balkans-Infos (juin 2009)

 

L’auteur, infatigable animateur des Amitiés franco-irakiennes et de l’Association franco-irakienne de coopération économique, est certainement l’un des meilleurs connaisseurs vivants du Proche-Orient et de la Mésopotamie en particulier. Après avoir notamment passé quarante ans à sillonner l’Irak baasiste où il a côtoyé des hommes aussi divers que le général Rondot ou le vice-premier ministre Tarek Aziz (dont il a, depuis la chute de Bagdad au printemps 2003, pris la défense avec ferveur aux côtés de Jacques Vergès), qui mieux que lui pouvait nous introduire avec bonheur dans les arcanes de la guerre impitoyable que livrent les grandes puissances pour le contrôle des prodigieux gisements pétroliers de la péninsule arabique… du Chatt el Arab aux contreforts des monts Zagros ?

 

A la suite de destins d’exception, ceux de ces aventuriers, géologues, archéologues, comme TNE Lawrence ou Gertrude Bell, voyageurs et commerçants, conseillers des princes, comme l’étonnant John Philby, qui furent les têtes chercheuses des grandes puissances assoiffées d’or noir – surtout après la Première guerre mondiale – Gilles Munier plante avec une science consommée le décor des grands affrontements géopolitiques pour le contrôle des énergies fossiles, qui ravages plus que jamais le monde d’aujourd’hui. Des rivalités sanglantes qui n’ont cessées de s’exacerber depuis l’effondrement soviétique en 1991 et la première guerre du Golfe, une lutte à mort qui risque à chaque instant, sous nos propres yeux, d’embraser toute la région, des rives de la Méditerranée à la plaine de l’Indus. En fait, Gilles Munier, nous entraîne, grâce à une galerie de portraits brossés avec talent, à parcourir deux siècles d’affrontements entre les puissances continentales, hier la France, celle de Bonaparte comme celle de la Troisième République, la Prusse de Guillaume II ou l’Allemagne d’Adolf Hitler, et la thalassocratie atlantique, d’abord britannique puis américaine. L’Union européenne étant à présent presque totalement inféodée aux intérêts anglo-saxons, à l’heure actuelle, le grand rival reste désormais la Russie.

 

Gilles Munier nous fait toucher du doigt l’extraordinaire continuité de la politique impériale et mercantile de Londres et de Washington, une politique servie certes par des personnalités hors du commun, mais une lutte sans fin qui met aujourd’hui en danger les grands équilibres planétaires.


                                                                                                                                                Jean-Michel Vernochet