Interview de l'auteur (Blog "Comprendre ce là-bas- 1ère partie)

Entretien avec Gilles Munier, première partie

"Mes chapitres sont des coups de projecteur donnés à des événements et sur des personnages"

-Partie 1 : le livre-

http://comprendre-ce-la-bas.blogspot.com/2009/08/entretien-avec-gilles-munier-premiere.html

Pouvez-vous nous expliquer comment vous est venue l'idée d'écrire cet ouvrage ?

C’est une idée ancienne. Elle remonte aux lendemains de la guerre du Golfe de 1991 quand je me documentais sur George Bush père pour « La 5ème Colonne à la Une », une lettre d’information « confidentielle » dont j’avais entrepris la parution. Lorsque je m’intéresse à un sujet, j’écume les bibliothèques et les revues spécialisées. Aujourd’hui, c’est plus facile avec Internet, les banques de données et la numérisation des ouvrages, mais au début des années 90, cela prenait du temps. J’avais commandé aux Etats-Unis des livres sur la carrière de pétrolier et de directeur de la CIA George Bush père. Je découvrais que sa famille avait entretenu des relations d’affaires avec les nazis, ce que les médias européens se gardaient bien de révéler. Sa vision d’un « Nouvel ordre mondial » ne s’apparentait pas seulement à celle d’Adolphe Hitler, mais remontait à l’époque de l’impérialisme britannique triomphant, à la fin du 19ème - début du 20ème siècle. Hitler s’était approprié, en la germanisant et en la systématisant, la vision raciste et élitiste du monde de Cecil Rhodes, de Lord Milner et des membres du Kidnergarden (Jardin d’enfants), leur réseau d’influence plus ou moins secret. Certains de leurs partisans avaient joué un rôle charnière dans la conquête du monde arabe pendant la Première guerre mondiale. David Hogarth, chef du Bureau arabe du Caire, et mentor de Lawrence, dit d’Arabie, en faisait partie. Aujourd’hui, les néo-conservateurs américains, les likoudnicks israéliens de Netanyahu et divers cercles soutenant Nicolas Sarkozy sont sur la même longueur d’onde.

J’ai d’abord pensé écrire un livre sur le thème « Pétrole et espionnage en Irak ». Mais pour comprendre comment les Anglo-saxons s’étaient trouvés en position privilégiée lorsque le pétrole est devenu un produit stratégique indispensable au développement de l’Occident, il me fallait élargir mon champ de recherche à la Perse – l’Iran d’aujourd’hui -, au « Grand jeu » en Asie centrale et dans le Caucase, aux causes des guerres mondiales, et même remonter à l’expédition de Bonaparte en Egypte. Vaste programme !

Comment s'est passé le travail de recherche effectué en amont de l'écriture ?

Comme secrétaire général des Amitiés franco-irakiennes, je me rendais à raisons de 5 à 8 fois par an en Irak. J’ai profité de ces voyages pour acheter de nombreux ouvrages aux bouquinistes de la rue Moutanabi, à Bagdad, paradis des chercheurs. Je fouinais dans les rayons et, s’il le fallait, passais commande de livres que je récupérais quelques semaines plus tard. Et je lisais, lisais… Le prix des livres importait peu : le dinar irakien qui équivalait près de à trois dollars avant la guerre s’était effondré, le dollar s’échangeait parfois à plus de 3000 dinars. J’arrivais à Bagdad avec mes valises pleines de commandes ou de dons de médicaments interdits par l’ONU. L’aéroport de Bagdad étant fermé pour cause d’embargo, je repartais en taxi pour la Jordanie, chargé de bouquins…

Mes recherches sur la Mésopotamie ancienne et moderne, agrémentées de voyages d’étude aux quatre coins du pays, m’ont d’abord permis de publier un « Guide de l’Irak » en 2000, traduit ensuite en américain. Avec le photographe Erick Bonnier qui m’a souvent accompagné, je me souviens avoir passé des jours à chercher la tombe de Gertrude Bell, la grande espionne britannique, surnommée du temps de sa grandeur, et à juste titre , « la reine non couronnée d’Irak ». Grâce à la confiance des dirigeants baasistes qui m’ont aidé à aller et venir un peu partout en Irak, j’ai pu réunir la documentation nécessaire à la rédaction des « Espions de l’or noir ».

A la lecture de ce livre, le lecteur peut se questionner sur le manque de cohésion entre les chapitres. Le livre ressemble plus, en de nombreux points, à une recension de personnalités, sorte de dictionnaire, qu'à un essai. Cet effet est-il voulu ou vous est-il simplement imposé par la complexité du sujet ?

L’ouvrage couvre une période de l’histoire allant de l’expédition d’Egypte aux lendemains de la Seconde guerre mondiale, et un champ géographique très vaste. Les acteurs historiques sont nombreux. J’ai du faire des choix. J’ai privilégié l’analyse et la saga à la relation fastidieuse, pour le lecteur non averti, d’événements dont la compréhension est effectivement complexe. L’index comprend plus de 450 noms. C’est beaucoup. Je pouvais faire moins mais cela m’aurait obligé à couper des passages auxquels je tenais. Vous dites que mon livre ressemble à une sorte de dictionnaire, je préférerai parler de guide historique et politique. Mes chapitres sont des coups de projecteur donnés à des événements et sur des personnages. Les notes, nombreuses, et la bibliographie, devraient permettre aux chercheurs et aux curieux d’aller plus loin.

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"Les espions de l'or noir" (Koutoubia) de Gilles Munier / 316 p.

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Dès la semaine prochaine, retrouvez la seconde partie de l'entretien avec Gilles Munier. Au programme, un gros plan sur ces "grands espions" qu'étaient Lawrence d'Arabie et St John Philby.